Mouture et broyage

Les outils de mouture et de broyage en pierre sont utilisés depuis le Paléolithique et surtout au Néolithiqueen Europe pour la transformation de diverses substances, essentiellement végétales. A l’instar des outils connus encore aujourd’hui en Afrique, les meules et les molettes fonctionnent en couple selon un mouvement de « va-et-vient ». Elles sont utilisées principalement pour la mouture des céréales.

Présentation animation végétales

Des outils de taille plus réduite fonctionnant sur le même principe permettent la réduction en poudre d’autres types de végétaux (légumineuses, plantes, racines, tubercules) et l’écrasement en fines particules de matières minérales et animales, utilisées par exemple pour la confection des vases en céramique (silex, os…) ou comme colorants (ocre).

Concassage d'argile

Cependant, les différents contextes géographiques et culturels font apparaître une polyvalence et un usage complexe de ces outils. Les sites archéologiques du Néolithique livrent toute une série d’outils dont la fonction ne peut être éclairée que par des reconstitutions expérimentales.

Meule et molette en grès

Les meules à grains et leurs molettes sont confectionnées dans des grès durs, abondants dans tout le Bassin parisien. Lors de la recherche des blocs naturels, on sélectionnera des blocs aux dimensions prédéfinies, avec au moins une face très plane. Cette étape importante permet de réduire la durée de préparation de l’outil, qui peut prendre plusieurs jours. L’outil est fabriqué plutôt sur le lieu d’origine du bloc naturel, ce qui évite de déplacer inutilement des blocs lourds et parfois inadaptés sur plusieurs kilomètres.

Percuteurs de poids variables

Plusieurs procédés techniques sont mis en œuvre pour façonner ces outils. Une première étape vise l’aménagement de la forme générale de l’outil, par détachement d’éclats au percuteur. Des percuteurs plus légers, ou des pièces intermédiaires en silex peuvent également être utilisés pour corriger le profil des meules et des molettes. Ces dernières doivent parfaitement s’imbriquer l’une avec l’autre pour piéger correctement la matière à broyer, comme des aliments entre deux mâchoires.

Traces de piquetage

La régularisation de la face supérieure, appelée aussi face active, s’effectue par piquetage à l’aide de percuteurs en pierre de dimensions variables. Cette opération rend la surface très rugueuse, pour que cette dernière puisse, à l’image d’une râpe, déchirer et écraser les grains de céréales. En outre, un lien existe entre la nature du piquetage et la qualité du produit fini.

Réavivage de la partie droite de la surface active

Au fur et à mesure du broyage des grains, la surface active va s’user : entre chaque phase de « mouture », l’entretien de la surface est effectué par piquetage. Ce « réavivage » s’avère nécessaire au bon fonctionnement de la meule durant les quinze années de sa vie.

Fonctionnement de la meule et de sa molette

L’expérimentation appliquée aux meules et molettes permet de mieux cerner les caractéristiques de chaque type d’outils. La qualité des grès utilisés, l’adaptation de la forme des outils au geste ou encore l’efficacité de l’opération de broyage peuvent être approchés par ce biais. La reconstitution des meules et molettes à l’identique des pièces archéologiques permet de retrouver les techniques et les gestes de fabrication et d’utilisation des outils néolithique.

Geste de mouture des grains de blé

Nous avons broyé trois types de céréales (blé tendre, orge vêtu, épeautre) pendant près de 4 heures à chaque fois sur deux meules différentes. Chaque paramètre (durée du travail, quantités de grains, qualités de grès) a été rigoureusement enregistré afin de comparer les résultats de chaque test. On note de grandes différences dans l’aspect de l’usure, la qualité des farines obtenues ou encore le temps nécessaire pour broyer tel ou tel type de céréale.

Ces deux étapes peuvent être effectuées sur les mêmes outils ou sur des outils bien distincts. L’expérimentation nous a permis dans ce cas précis de tester l’efficacité de différents outils et de différents grès pour chacune de ces deux étapes de préparation.

Mais plus encore, l’expérimentation nous a permis de déterminer la fonction exacte de meules et molettes archéologiques retrouvées sur les sites du Néolithique le plus ancien du Bassin parisien. La comparaison des traces d’utilisation sur les meules expérimentales et archéologiques nous permet en effet de déterminer quelles substances ont été réellement broyées par les populations du Néolithique. En dehors des céréales, matières dures animales (os) et matières minérales (colorants) semblent avoir été broyés sur ces outils.

Mouture de blé tendre pendant 3h grossissement x5

Une méthode de reconnaissance des traces d’utilisation a été mise en place, par observation des surfaces actives à la loupe binoculaire jusqu’à cent fois. A l’échelle microscopique, les déformations de la surface et des grains de quartz contenus dans le grès sont en effet caractéristiques de la nature de chacun des matériaux broyés.

Produit du décorticage d'épeautre vêtu

Grâce à cette méthode, nous avons pu distinguer par exemple deux étapes de transformation des céréales sur les meules archéologiques.

Farine de qualité grossière

Le décorticage qui consiste au détachement de l’enveloppe entourant le grain, diffère ainsi de l’étape de mouture, soit d’écrasement des grains proprement dit.

Par ce type d’approche, on peut donc mieux appréhender l’insertion des meules et molettes dans le système technique des communautés Néolithique. La connaissance des pratiques alimentaires et domestiques demeure l’objet privilégié de telles recherches en Préhistoire.

C. Hamon - Post-doctorante - UMR 7041 Maison de l'archéologie et de l'ethnologie Nanterre Haut de la page Retour